Relation médecin-patient déficiente, diagnostics biaisés et dossier médical informatisé

 

Cette réaction à deux articles parus dans le BMS 39.2013 et en lien avec la polémique des DRG, est rédigée en guise de mise en garde quant à différents dysfonctionnements, voire perversions de notre système de soins.

(réponse parue dans le courrier des lecteurs du BMS2013 ; 94 : 44)

Si même les psychiatres n’apprennent plus à entrer en relation avec leurs patients[1], qu’en est-il des médecins somaticiens qui n’entendent guère parler de relation qu’au cours de leur formation prégraduée, sinon selon le leit-motiv de centration sur le patient. Or, si on n’oublie pas tout à fait l’agenda caché, ce que l’on entend ici par centration est surtout la prise en compte de la complexité de ce patient en termes formels des pathologies dont il a souffert ou souffre actuellement. Cela n’a rien à voir avec la « simple » relation intersubjective entre deux personnes qui cherchent à réunir leurs ressources, notamment selon le processus informel de l’empathie.

Toute prise en charge reste donc avant tout orientée sur la ou les pathologies, le diagnostic, dont l’apogée est atteinte par l’application des DRG lors d’hospitalisation. Ici, pour que l’hôpital, le service retire la meilleure contribution des assurances et des finances publiques, il s’agit de coder un diagnostic le mieux coté, c’est-à-dire le plus indemnisé. Il s’en suit bien évidemment une aggravation perverse des antécédents comme de la pathologie actuelle du patient, par exemple en posant le diagnostic de pneumonie alors qu’il s’agit de traiter une bronchopneumonie, voir une bronchite !

Les effets secondaires d’une telle corruption des diagnostics sur la santé individuelle sont multiples : majoration de l’angoisse du patient (et des soignants qui surtraitent pour se couvrir), faux diagnostics répertoriés notamment dans le dossier informatique. Lors d’une nouvelle prise en charge, on consultera ce dossier en priorité de peur de manquer quelque chose, quitte à repartir sur d’anciens préjugés peut être responsables de la réadmission du patient et pouvant facilement empêcher le médecin de l’écouter quand il parle de ce qui sort du cadre déjà établi. C’est ainsi que le système de santé risque de perpétuer les problèmes, les troubles que le patient en tant que sujet de sa maladie ne parvient pas à communiquer dès lors qu’on le prend avant tout pour un objet de soins…si possible rentables pour ce même système.

Que penser de l’urgent besoin du dossier informatique[2] et des diagnostics répertoriés d’abord en fonction de ce qu’ils rapportent financièrement ? Les avantages indéniables ne peuvent pas se passer de considérations très critiques en rendant attentifs les médecins de commencer par écouter activement leurs patients, c’est-à-dire d’user en priorité d’une relation intersubjective nettement sous-évaluée dans toute la formation médicale. Il ne s’agit pas d’abord de tenir compte de l’indigeste complexité du malade mais bien de sa simple vie de prochain avec qui nous pouvons mieux apprendre à développer notre empathie, notre capacité à être attentif à l’autre, notre aptitude à nous demander dans quelle circonstance de notre propre vie, les troubles du patient aurait pu ou pourraient être des messages acceptables, des souffrances légitimes.

 

Dr Laurent Schaller

Médecine générale FMH

Médecine psychosomatique et psychosociale ASMPP

2740 Moutier

 

[1] Bielinski D : Arzt-Patienten-Beziehung – Defizite in der Weiterbildung zum Psychiater?

[2] Schilling G, Bhend H : L’institut pour l’informatique au cabinet médical répond à un urgent besoin

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